Errance canine II : consequences

II. Les chiens errants, quelles conséquences pour RAIATAE-TAHAA

Nous avons vu dans le premier article sur les chiens errants qu’environ 4500 chiens sont errants ou divaguants sur nos iles. Cela a des conséquences importantes que nous allons détailler.

1. Conséquences sanitaires

MALADIES
Il est aisé de constater de visu le niveau sanitaire moyen des animaux rencontrés dans la rue ou dans les vallées. Moins connu ou évident est l’aspect transmissible à l’homme de beaucoup des pathologies dont sont porteurs ces animaux: ce sont des zoonoses.

Nous n’allons pas entrer dans les détails (qui seront éventuellement repris dans des articles spécifiques) mais simplement les citer rapidement:
-Les Leptospiroses : (potentiellement mortelle, destruction foie et reins) de 286 à 365 cas annuels en métropole et de 260 à 357 dans les DOM TOM; Incidence Tahiti : 22.03 /100 000 (France : 0.5/100 000)
-Les Mycoses (teignes)
-Les parasitoses digestives (ascaris, tenia, echinocoque, trichures, toxacara …)
-Les Gales et pseudogales (affections cutanées)
-Giardiose et lambliose (gastroenterites)
-Rickettsiose, Borreliose (transmission par les tiques)
etc…

MORSURES
Une étude menée en 2008 à la demande de la DIREN faisait état de 50 cas/an de morsures traités à l’hôpital d’Uturoa (350/an à mamao + cardella)
La quasi totalité impliquent des chiens errants ou divaguants
La gravité traumatique est variable et l’usage d’antibiotique presque toujours nécessaire.

ACCIDENTS sur voie publique
La même étude relatait l’implication des chiens errants dans 20 à 30% des accidents de 2-roues ayant eu recours à l’hôpital à Uturoa (50 % à Mamao)

2. Conséquences environnementales

DEGRADATIONS et NUISANCES
L’animal errant, outre les risques sanitaires qu’il engendre est aussi responsable de dégradations diverses sur la voie publique :
-Renversement et éventration de poubelles.
-Déjections contribuant à la dégradation de l’environnement visuel et olfactif.
-« Chaînes » d’aboiements nocturnes, qui si elles sont aussi le fait d’animaux domestiques, sont néanmoins souvent déclenchées par des chiens en liberté en lutte hiérarchique de quartier.
-Saillies non désirées de chiennes (correctement contrôlées par leur propriétaire) par des mâles libres.

BIODIVERSITE
Concernant plus l’archipel des Tuamotus que les Iles sous le vent, et particulièrement certains motus abritant des populations d’oiseaux endémiques ou des lieux de ponte de tortues marines, les dégradations provoquées par les animaux errants (chiens et chats) s’ajoutent à celles provoqués par les rats et peuvent se révéler désastreuses pour certaines espèces protégées. Il n’y a pas d’études spécifiques à la Polynésie française sur ces sujets, mais des études menées en Guyane et en Turquie montre son importance potentielle. D’un coté des efforts et des budgets sont alloués à la protections de ces espèces, de l’autre un laisser aller concernant les carnivores errants vient ruiner ces actions. Une concertation et des plans d’action très spécifiques méritent d’être mis en place après une étude au cas par cas.

CADAVRES
Les cadavres d’animaux errants non pris en charge par les services communaux de voirie, constituent, particulièrement en climat tropical, une réelle altération sanitaire, olfactive et environnementale et nuisent à l’évidence à l’image touristique de Raiatea. L’organisation, au niveau communal, d’une collecte systématique et rapide des cadavres (dans la nature, la rue ou chez les vétérinaires) en vue d’une incinération dans les règles est une nécessité. L’appel téléphonique de particuliers aux mairies pour signaler un cadavre est le plus souvent suivi d’aucun effet.

3. Conséquences économiques

ELEVAGE
Être éleveur dans les ISLV n’est déjà pas simple (manque d’infrastructure et de soutien). Mais il faut en plus essayer de protéger son cheptel des attaques de chiens errants et supporter les pertes liées aux attaques.
Il n’y a pas a ma connaissance d’études chiffrées fiable sur le coût annuel mais il est probable que celui ci se monte à plusieurs millions de CFP/an.
Il y a plus de 1000 bovins dans les ISLV et probablement d’avantage de caprins.

TOURISME
La présence d’animaux errants souvent très délabrés sanitairement à proximité des marinas, des complexes hôteliers ou sur les motus n’est assurément pas du meilleur effet. Dans le contexte actuel du tourisme ‘tropical’ ou de croisière, la Polynésie est confrontée à de sérieuses concurrences parmi les îles du Pacifique. Samoa, Fidji ou Niue entre autres, n’ont pas négligé l’aspect négatif de l’errance canine et ont depuis plusieurs années déjà pris des mesures efficaces. Il peut être considéré comme choquant ou anormal que l’empathie des touristes se tourne plus volontiers vers la détresse animale que sur les problèmes de fond rencontrés par les populations humaines des destinations ‘touristiques’ mais c’est la réalité du terrain ! Les responsables du développement économique et touristique local ne peuvent ignorer ce fait.

L’impact d’une population canine errante non contrôlée est majeur.
Des solutions existent pour améliorer cette situation tout en préservant le respect dû à la vie animale.
Plusieurs territoires se sont engagés dans la voie d’une gestion raisonnée de ce problème avec beaucoup de succès et un rapport coût/bénéfice très largement favorable à long terme.

Nous verrons dans un prochain articles les pistes à suivre et la possibilité de les mettre en œuvre au niveau local

Dr Philippe CESAR
vétérinaire
Uturoa

Bookmarquez le permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  • Pour que l’information circule …

    Raiatea-info.com est un site gratuit non commercial dont le but est de faire circuler l'information à Raiatea.
    Il a été créé par une groupe de personnes bénévoles et se veut ouvert à tous.
    Vous pouvez diffuser vos informations sous 4 formes : articles, événements, petites annonces et annuaire.