Errance canine IV : Solutions ?

IV. Gestion de la population canine errante

Ce document augmenté de schémas et photos est disponible sur http://raiatea.veterinaires.vet/

Rappelons l’origine de la population canine errante décrite dans les articles précédents.
Gérer la population canine errante consiste à mettre en place des mesures qui :

· Diminuent les flux de chiens domestiques vers chiens errants
· Diminuent la reproduction au sein des populations errantes
· Augmentent les flux de population errante vers chiens domestiques
· Diminuent l’effectif errant.

1. L’identification des animaux
Préalable indispensable à toute tentative de gestion de la population canine errante car elle permet l’évaluation objective des effets obtenus et l’affinement, si nécessaire, des mesures prises.
L’acte d’identification d’un animal est un signe fort de responsabilisation du propriétaire.
Pratiqué par un vétérinaire cet acte permet aussi de faire passer d’autres messages visant à responsabiliser d’avantage le propriétaire face au problème liés à l’errance canine et à ces conséquences sanitaires. (Reproduction, vaccination, déparasitage, zoonoses…)
L’identification par elle-même est déjà une technique de lutte contre l’errance canine puisqu’elle contribue à augmenter le flux de animaux perdus ou fugueurs qui sont retrouvés par leur propriétaire et réintègrent le milieu familial (contrôlé).
Cette identification doit si possible être simple à mettre en œuvre mais surtout aisée dans sa lecture notamment pour les animaux difficiles d’approche.
Les techniques à base de ‘puces’ RFID sous-cutanées sont parfaitement adapté à cet usage.
C’est un système fiable, durable et économique.
En Polynésie Française l’identification fait déjà l’objet d’une obligation légale. C’est la mise
en applications de ces dispositions qu’il faut renforcer.
Une communication relayée notamment par les vétérinaires et renforcée par des dispositions répressives doit permettre la mise en application de la loi.
Le coût d’une identification chez un vétérinaire est de 7000 à 8000 XPF

2. Contrôle de la reproduction
Nous disposons de nombreuses possibilités d’action afin de limiter l’exponentielle croissance de la population canine.

1 chiot femelle errante 2 mois
premieres chaleurs à 6 mois
mise bas à 8 mois, moyenne 4 chiots sevrés vivants
1 an apres 17 chiens dont 9 femelles
2 ans apres 53 chiens dont 27 femelles
3 ans apres 160 chiens dont 80 femelles

L’ovariectomie des femelles et la castration des mâles permet de d’empêcher la reproduction des animaux de façon efficace à condition :
· Qu’elle soit menée à large échelle.
· Qu’elle concerne indistinctement toutes les catégories de chiens errants (voir
classification) ou potentiellement errants.
· Qu’elle soit menée selon un plan d’action suivi et non ponctuel.(ex : mission ponctuelle à Bora bora il y a quelques années)

Actuellement on peut estimer, d’après les informations disponibles auprès des vétérinaires et de l’AVPAP, que seulement 7% des chiennes et 1.5% des chiens sont stérilisés (contre 30% et 11% dans la population féline)
Ce taux est très faible et montre clairement que de très nets progrès peuvent être fait dont les conséquences visibles sur le terrain ne tarderont pas à venir.
L’acte chirurgical doit être pratiqué par des vétérinaires dans des structures adaptées à cette pratique et nécessite donc 3 phases :
1. Capture et transport de l’animal.
2. Anesthésie générale,intervention chirurgicale et soins post-opératoires.
3. Replacement de l’animal dans son biotope.
Pour les animaux errants ayant un propriétaire les phases 1 et 3 sont évidemment simplifiées.
Pour les autres cas, il semble que l’intervention du voisinage (le premier à subir la nuisance) ou des associations de protection animale soit une alternative réaliste à l’intervention coûteuse d’équipe de capture spécialisées.
La stérilisation diminue la reproduction à l’intérieur de la population errante mais aussi le flux d’abandon par les propriétaires dont la chienne met bas.
En ce qui concerne les mâles, on notera l’avantage à pratiquer, sur les animaux considérés comme définitivement errants, une ligature des canaux déférents plutôt qu’une castration.
Ainsi ils conservent et renforcent leur position hiérarchique au sein des groupes errants et donc continue de saillir prioritairement les femelles soumises sans que l’accouplement soit fécondant.

3. Gestion des adoptions
Moyen efficace et élégant de réduire la population errante au sens strict ( sans propriétaire) l’adoption reste malheureusement limitée en nombre et ne touche qu’une faible part de la population errante, à savoir les jeunes chiots sevrés (c’est à dire entre 1.5 et 4 mois).
Plus âgés il devient très difficile de leur trouver un « foyer ».
Cependant les efforts constants des associations de protection animale et de certains vétérinaires conduisent au « replacement » d’environ 10 chiots par mois généralement sous promesse de stérilisation vers 6 mois. Promesse pas toujours tenue car la stérilisation reste relativement onéreuse.
Une solution envisageable est de procéder dans ce cas à une castration chirurgicale des femelles dès 2 mois (cela est couramment pratiqué aux USA même si certaines publications laissent supposer de possibles problèmes de croissance ou de calcification osseuse).

4. Mise en place d’une fourrière refuge
Prévue par la loi (art.213 du Code Rural et Code Général des Collectivités Territoriales), la fourrière est le moyen légal de lutter contre la divagation canine et de respecter les acquis de la protection animale. Les fourrières sont sous la responsabilité des Maires.
Idéalement gérée par une association qui soulage la mairie de ses obligation tout en respectant les animaux et en leur garantissant le maximum de chance d’adoption et des conditions sanitaires correctes.

5. Tarir l’alimentation librement disponible
Pour survivre et éventuellement se reproduire dans une situation d’errance, les chiens doivent trouver dans leur biotope de quoi se nourrir et de quoi se protéger. Plus leur situation est précaire moins ils se reproduisent (fertilité, fécondité et survie néonatale baissent).
Ces constatations clairement étayées dans les rapports sur l’errance animale produit par l’OMS (WHO) montrent le caractère prédominant de l’hygiène urbaine : collecte régulière et stockage adéquat des déchets, poubelles anti-renversement, clôtures efficaces autours des CET (centres d’enfouissement techniques).

Une mise au point est également nécessaire avec une partie non négligeable de la population qui, ayant soin de limiter la souffrance et la détresse animale, nourrissent volontairement les animaux errants dans les lieux même ou ils représentent une nuisance et où ils sont donc en danger de mauvais traitement !
Cela génère un cercle vicieux d’augmentation du nombre d’animaux errants et de la misère animale.
NE PAS nourrir les animaux errants (sauf si on est certain qu’ils sont stérilisés et non maltraités).

6. Euthanasie des nouveau nés
Volet indispensable tant que le nombre d’animaux adultes stérilisé n’aura pas augmenté.
Les vétérinaires ou la fourrière/refuge peuvent pratiquer des euthanasies indolores qui donne aussi l’occasion de sensibiliser les propriétaire de femelles sur le bien fondé de la stérilisation.
Aujourd’hui les vétérinaires le font gratuitement, ce qui représente une charge non négligeable pour leur cabinets. Aucune obligation légale ne le leur impose.

7. Euthanasie des adultes
C’est la plus inefficace des mesures, car un animal errant adulte de moins sera statistiquement remplacé en moins de 6 mois.
Toutes les campagnes d’euthanasie massive se sont soldées par des échecs couteux.
Cependant dans le cadre de la fourrière, certains animaux poly-pathologiques , porteurs chroniques de zoonoses graves ou au comportement notoirement dangereux doivent malheureusement impérativement être élimines.
Très rapidement l’ensemble des mesures de gestion rend ces euthanasies adultes très rares

8. COMMUNICATION
Toutes les mesures ci dessus ne valent pas grand chose si elles ne sont pas appuyées par une communication forte auprès du grand public
Cette campagne doit insister sur les points suivants:
· Le propriétaire d’un animal est civilement responsable de celui-ci.
· L’errance animale et la surpopulation concourent à la souffrance animale.
· Nourrir les animaux errants augmente les problèmes d’errance et la souffrance animale.
· L’identification des animaux permet souvent de les retrouver en cas de fugues ou de perte.
· L’animal errant constitue un réel danger (sanitaire, agression, circulation) et un coût très important pour la société.
· Traiter les animaux correctement et avec humanité est un devoir.
· L’image de la Polynésie Française, destination touristique paradisiaque, n’a rien à gagner d’une réputation de maltraitance de ces animaux familiers.

L’article complet (sur raiatea.veterinaires.vet) présente également le plan de communication qui a été mis en place en Guadeloupe en 2005.
Dans cette ile, ou on avait évalué à plus de 50 000 le nombre de chiens errants, le problème est quasiment résolu. Un plan quadriennal à été régulièrement reconduit depuis 2005 à la demande du Conseil Régional très satisfait des résultats obtenus.

Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues dans ce combat:
Monter une association de bénévoles motivés (cf Bora)
Lobbying auprès de la mairie (cf Moorea)
Famille accueil animaux abandonnés (cf fenua animara)
Recherche de financement (accord avec SPA ou association USA) (cf Bora)
Actions de sensibilisation et de communication

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